Fin janvier 2026, dans le prolongement de l’envolée qui a caractérisé le marché tout au long de 2025, l’Agence Ecofin rapportait un nouveau record historique du prix de l’or, à 5 500 USD l’once. De quoi conforter les anticipations d’une nouvelle année faste pour le métal jaune, alors que plusieurs analystes continuaient de relever leurs objectifs de prix. Cinq mois plus tard, le tableau apparaît toutefois plus nuancé : après ce démarrage en fanfare, les cours ont plutôt viré en montagnes russes, oscillant au gré des séances pour s’établir autour de 4 000 USD l’once aux premières heures du jeudi 2 juillet.
Dans une note publiée le mercredi 1er juillet, le World Gold Council faisait état d’un recul d’environ 7 % du prix de l’or depuis le début de l’année. Plus tôt cette semaine, Reuters soulignait de son côté que le métal jaune s’acheminait vers son premier repli trimestriel depuis 2024, ainsi que vers sa plus forte baisse trimestrielle depuis le deuxième trimestre 2013.
Pour mieux saisir le contraste, rappelons que les cours avaient notamment enregistré 53 records historiques en 2025, et progressé de plus de 60 %, portés par une dynamique haussière quasi ininterrompue tout le long de l’exercice.
Du Moyen-Orient aux États-Unis : des vents contraires
Le changement de rythme s’est dessiné quelques jours seulement après le record de janvier. Dès le 2 février, le prix du métal jaune était retombé autour de 4 640 USD l’once, sous l’effet de prises de bénéfices des investisseurs après l’envolée du début d’année. Les semaines suivantes ont été marquées par une succession de rebonds et de replis, les cours oscillant à plusieurs reprises autour du seuil des 5 000 USD.
La tendance baissière s’est ensuite accentuée avec les tensions militaires entre les États-Unis et l’Iran déclenchées fin février, ramenant l’or à environ 4 300 USD fin mars. Le mouvement s’est prolongé au cours des semaines suivantes, jusqu’à un repli autour de 4 000 USD vers le 10 juin, malgré des épisodes de consolidation et plusieurs mouvements de rebonds.
Si l’or profite généralement des périodes de fortes tensions géopolitiques en raison de son statut de valeur refuge, le conflit au Moyen-Orient a toutefois produit l’effet inverse. Les perturbations autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole, ont fait grimper les prix du brut, ravivant les craintes d’une reprise de l’inflation. Les investisseurs ont alors anticipé un maintien, voire un relèvement des taux d’intérêt américains. Or, des taux plus élevés rendent des placements comme les obligations plus attractifs, au détriment de l’or, qui ne génère ni intérêt ni dividende.
Ces évolutions se sont également accompagnées d’un ralentissement des achats d’or par les banques centrales au premier trimestre 2026, selon la banque américaine JP Morgan. Or, la forte progression de la demande de ces institutions, plus que doublée entre les périodes 2016-2020 et 2021-2025, figure parmi les principaux moteurs de la hausse des prix observée ces dernières années.
Le premier trimestre a par ailleurs été marqué par une augmentation des ventes déclarées par certaines banques centrales, notamment celles de la Turquie et de la Russie, accentuant les pressions sur le marché.
Un second semestre déjà sous le signe d’incertitudes…
Pour le deuxième acte de l’année, le ton demeure globalement prudent sur les marchés. Dans ses perspectives, le World Gold Council estime que le métal jaune pourrait remonter vers 4 500 USD l’once, voire davantage, en cas de dégradation de la conjoncture économique, de repli des anticipations de taux d’intérêt ou de nouvelles vagues d’achats opportunistes, notamment des banques centrales. À l’inverse, l’institution considère qu’un environnement de croissance solide, combiné à une hausse des rendements des actifs rémunérateurs, pourrait exercer une nouvelle pression baissière.
De son côté, JP Morgan adopte un ton plus optimiste, anticipant un prix moyen de 6 000 USD l’once d’ici le dernier trimestre de l’année, avant une progression vers 6 300 USD d’ici fin 2027. Cette trajectoire reste toutefois conditionnée par plusieurs facteurs, dont la « résolution du conflit iranien », susceptible de réduire les risques pesant sur les prix de l’énergie, l’inflation et les rendements obligataires. La banque souligne également l’imprévisibilité de la politique monétaire américaine, dans un contexte d’incertitudes persistantes sur la trajectoire des taux de la Fed.
Dans ses prévisions publiées mi-juin, UBS envisage pour sa part une évolution du marché entre 3 850 et 4 000 USD l’once à court terme, avant un rapprochement vers 5 200 USD sur les 12 prochains mois. Ces différentes trajectoires traduisent globalement un scénario de reprise progressive du marché, sous réserve de facteurs encore incertains. En Afrique, où plusieurs pays producteurs ont engagé des réformes pour mieux capter la rente aurifère en raison des prix élevés, l’évolution de ces dynamiques restera à suivre de près.





