HIBAPRESS-RABAT
- L’essor de l’IA est devenu un puissant moteur du commerce mondial – surpassant les droits de douane et les chocs géopolitiques, selon le dernier rapport « DHL Globalization Tracker ».
- Les perspectives commerciales se sont améliorées : on prévoit désormais que la croissance jusqu’en 2029 dépassera celle de la décennie précédente
- L’Asie de l’Est et le Pacifique ont été les moteurs de la croissance du commerce au cours des cinq premiers mois de 2026, suivis par l’Europe et l’Afrique subsaharienne
- Les relations entre les États-Unis et la Chine se sont nettement détériorées, mais les alliés des États-Unis ne suivent pas la même voie
- La mondialisation a atteint un niveau record de 25,8 %
- Selon les prévisions de septembre 2026, le volume du commerce de marchandises du Maroc devrait augmenter de 9,6 % en 2026, soit plus du double du taux mondial prévu de 4,6 %.
La course mondiale à la mise en place d’infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle donne un élan considérable au commerce mondial, alors même que les droits de douane augmentent et que les conflits géopolitiques s’intensifient.
C’est l’une des principales conclusions de la dernière édition du « DHL Globalization Tracker », publiée par DHL et la Stern School of Business de l’université de New York. S’appuyant sur plus de 30 millions de données, ce rapport analyse les flux internationaux de commerce, de capitaux, d’informations et de personnes. Il offre la vision la plus complète disponible de la mondialisation. Cette édition est la première à paraître sous ce nouveau nom. Avant, on l’appelait le « DHL Global Connectedness Tracker ».
Le développement de l’IA stimule le commerce mondial
Le rapport montre que le commerce mondial de marchandises a connu une croissance plus rapide au premier semestre 2026 que durant n’importe quel autre semestre des 15 dernières années, hormis le rebond exceptionnel lié à la pandémie de Covid. L’un des principaux facteurs a été la forte demande en produits utilisés pour construire les infrastructures d’IA, comme les semi-conducteurs et les équipements de transmission de données. Selon une analyse de l’OMC et de l’OCDE, le commerce des biens liés à l’IA a représenté 42 % de la croissance du commerce des marchandises en 2025, et cette part est passée à 76 % au cours du premier trimestre 2026.
« En ce moment, le sujet le plus important dans le commerce mondial, c’est l’IA – pas les droits de douane », a déclaré John Pearson, PDG de DHL Express. « Chaque requête d’IA dépend en fin de compte de la logistique. Les puces, les équipements réseau et tous les autres composants qui sous-tendent cette technologie doivent être au bon endroit au bon moment. DHL relie les entreprises et les marchés qui sous-tendent ces chaînes d’approvisionnement complexes. Chaque fois que l’innovation crée de nouveaux flux commerciaux, notre réseau mondial permet de les maintenir en mouvement. »
Les effets mondiaux de la guerre en Iran et des droits de douane restent limités
Parallèlement, la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont perturbé d’importantes voies commerciales. Mais les effets sont restés localisés. Les économies qui dépendent du détroit ont été particulièrement touchées. Par exemple, la valeur des échanges commerciaux a diminué de 37 % en Arabie saoudite et de 7 % aux Émirats arabes unis au cours des cinq premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025.
La politique commerciale a constitué un obstacle supplémentaire. Les droits de douane américains ont atteint leur plus haut niveau depuis des décennies, mais leur impact mondial a été limité. L’une des raisons, c’est que les États-Unis ne représentaient que 13 % des importations mondiales ces dernières années, environ la moitié de ces importations étant exemptées des hausses de droits de douane à la date d’août 2026. En outre, la plupart des pays se sont abstenus de prendre des mesures de rétorsion à grande échelle. Beaucoup ont plutôt redoublé d’efforts pour s’assurer un accès à d’autres marchés grâce à de nouveaux accords commerciaux.
La croissance du commerce marocain dépasse les prévisions mondiales
« Selon les dernières prévisions du DHL Globalization Tracker, le volume des échanges de marchandises du Maroc devrait croître de 9,6 % en 2026, soit plus du double du taux de croissance mondial attendu. Cette performance témoigne du rôle grandissant du Maroc dans le commerce régional et international et confirme la pertinence de son positionnement parmi les marchés stratégiques identifiés par DHL dans le cadre de l’initiative Geographic Tailwinds. Grâce à sa situation géographique privilégiée, au développement soutenu de sa base industrielle et à son excellente connectivité avec les marchés internationaux, le Maroc dispose d’atouts solides pour bénéficier de la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Chez DHL, nous sommes pleinement engagés à accompagner les entreprises marocaines dans la saisie de ces opportunités et à faciliter leur accès aux marchés du monde entier », a déclaré Makram Raad, directeur général de DHL Express Maroc.
Les perspectives commerciales sont revues à la hausse malgré les chocs récents
À l’avenir, le commerce mondial de marchandises devrait progresser en moyenne de 3,4 % par an jusqu’en 2029. Ce serait nettement plus rapide que le taux de 2,7 % enregistré au cours de la décennie précédente.
« Ce qui est surprenant, ce n’est pas seulement que le commerce mondial ait continué de croître malgré les nouveaux droits de douane et la guerre en Iran », a déclaré le professeur Steven A. Altman, directeur de l’Initiative DHL sur la mondialisation au Centre pour l’avenir du management de la NYU Stern. « Les perspectives sont aujourd’hui plus favorables qu’avant chacun de ces deux chocs. Cette réalité nous rappelle l’importance de regarder au-delà des perturbations les plus visibles et de comprendre les facteurs de fond qui continuent de soutenir la remarquable résilience du commerce mondial. L’essor des échanges commerciaux liés à l’IA met en évidence la demande en biens et services qui ne peut être satisfaite efficacement que lorsque des producteurs spécialisés collaborent au-delà des frontières. Cela montre également comment les entreprises s’adaptent sans cesse pour maintenir les échanges commerciaux face aux perturbations et aux changements de politique. »
L’Asie de l’Est et le Pacifique enregistrent la plus forte croissance commerciale
Parmi toutes les régions, c’est l’Asie de l’Est et le Pacifique qui ont enregistré la plus forte croissance commerciale. La valeur de ses échanges a augmenté de 24 % au cours des cinq premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025. Elle était suivie par l’Europe, avec 12 %, et par l’Afrique subsaharienne, avec 11 %.
L’Asie de l’Est et le Pacifique ont non seulement enregistré la plus forte croissance, mais ont aussi vu une part plus importante de leurs échanges commerciaux rester au sein de la région. Cette part est passée de 57 % en 2025 à 60 % au cours des cinq premiers mois de 2026. La solidité des chaînes d’approvisionnement asiatiques, qui soutiennent l’essor de l’IA, a contribué à cette hausse.
Un découplage marqué entre les États-Unis et la Chine, mais pas de fracture mondiale
L’un des changements les plus marquants dans les flux internationaux, c’est l’affaiblissement des relations entre les États-Unis et la Chine. Pourtant, l’impact mondial reste étonnamment faible. Par exemple, les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine représentaient 3,5 % du commerce mondial à leur apogée en 2015, avant de chuter à seulement 1,6 % au cours des cinq premiers mois de 2026. La part des États-Unis et de la Chine dans les investissements internationaux des entreprises est encore plus faible : moins de 1 %. En revanche, les proches alliés des États-Unis ont, pour la plupart, maintenu leurs relations avec la Chine. Ces conclusions remettent en cause l’idée selon laquelle le découplage entre les États-Unis et la Chine diviserait l’économie mondiale en blocs rivaux.
En y regardant de plus près, on constate également que les chiffres du commerce direct sous-estiment la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine. Les marchandises importées aux États-Unis depuis d’autres pays contiennent de plus en plus de matériaux et de composants chinois. Si l’on tient également compte de ces importations indirectes, la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine n’a que très peu diminué jusqu’en 2024, dernière année pour laquelle on dispose de données.
La mondialisation bat un nouveau record
Au-delà des tendances en matière de commerce et d’investissement, le rapport suit l’évolution générale de la mondialisation en se basant sur les flux internationaux de commerce, de capitaux, d’informations et de personnes. Le rapport mesure ce phénomène à l’aide d’une échelle allant de 0 % (pas de flux transfrontaliers) à 100 % (les frontières et la distance n’ont aucune incidence). En 2025, la mondialisation a atteint un niveau record de 25,8 %, en partie grâce aux échanges commerciaux et aux investissements liés à l’IA.
Les quatre catégories de flux ont toutes participé à l’établissement de ce nouveau record, reflétant un renforcement généralisé de leur internationalisation. Les flux d’information demeurent les plus mondialisés, devant les flux de capitaux et les échanges de marchandises, tandis que les flux de personnes restent les moins intégrés à l’échelle internationale.

Le « DHL Globalization Tracker »
Le « DHL Globalization Tracker » est un rapport concis et un site web interactif qui propose des mises à jour régulières sur la mondialisation et le commerce international. Il vient compléter le célèbre « DHL Globalization Report », publié régulièrement depuis 2011. S’appuyant sur plus de 25 sources publiques, privées et universitaires, le Tracker analyse plus de 30 millions de données sur les flux internationaux de commerce, de capitaux, d’informations et de personnes.
Il comprend des graphiques interactifs en ligne qui permettent aux utilisateurs d’explorer facilement les tendances par région, par alignement géopolitique et pour chaque pays. Il permet également de télécharger facilement des données et des graphiques pour les utiliser hors ligne.
Le « DHL Globalization Tracker » est réalisé à la demande de DHL et rédigé par le professeur Steven A. Altman et Caroline R. Bastian, de la Stern School of Business de l’université de New York. Le rapport et d’autres ressources sont disponibles à l’adresse dhl.com/globalization.
Remarque : Le « DHL Globalization Tracker » et le « DHL Globalization Report » s’appelaient auparavant respectivement le « DHL Global Connectedness Tracker » et le « DHL Global Connectedness Report ». Leurs nouveaux noms reflètent plus directement l’objet de la recherche. Le champ d’application et l’approche sous-jacente restent inchangés, ce qui assure la continuité avec les éditions précédentes.
En bref : L’édition d’octobre 2026 du DHL Globalization Tracker
Quelle est la principale conclusion du rapport ?
L’essor de l’intelligence artificielle contribue à dynamiser les échanges mondiaux de marchandises, malgré la montée des barrières tarifaires et les tensions géopolitiques. Au premier semestre 2026, le commerce mondial de marchandises a enregistré sa croissance la plus rapide de ces quinze dernières années, à l’exception du rebond exceptionnel observé au lendemain de la pandémie de Covid-19.
Au-delà du commerce, le rapport évalue l’état de la mondialisation à travers les flux internationaux de marchandises, de capitaux, d’informations et de personnes. En 2025, celle-ci a atteint un niveau record de 25,8 %. Mesuré sur une échelle allant de 0 % à 100 %, cet indice reflète l’intensité des échanges transfrontaliers et l’influence des frontières sur ceux-ci. Cette progression record a été portée par l’ensemble des quatre catégories de flux, qui se sont toutes davantage internationalisées.
Quelles sont les perspectives pour le commerce mondial ?
Les perspectives mondiales sont en amélioration. Le commerce mondial de marchandises devrait croître en moyenne de 3,4 % par an jusqu’en 2029, contre 2,7 % au cours de la décennie précédente. Les prévisions actuelles sont même plus optimistes que celles établies avant la hausse des droits de douane américains en 2025-2026 et avant le déclenchement du conflit en Iran. Un constat qui témoigne de la résilience de l’économie mondiale face à des perturbations que beaucoup anticipaient comme plus durables et plus sévères.
Comment les droits de douane et les conflits géopolitiques ont-ils influencé le commerce mondial ?
Les droits de douane et les tensions géopolitiques continuent de créer des risques et des perturbations pour l’économie mondiale. Toutefois, leur impact global sur le commerce international est demeuré relativement limité. Si le conflit en Iran a affecté d’importantes routes maritimes et pesé sur les économies fortement dépendantes du détroit d’Ormuz, ses répercussions sont restées largement circonscrites à certaines régions.
Parallèlement, les droits de douane américains ont atteint leur niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies. Néanmoins, les États-Unis n’ont représenté qu’environ 13 % des importations mondiales ces dernières années et, en août 2026, près de la moitié des importations américaines demeuraient exemptées de ces hausses tarifaires. De nombreux pays ont par ailleurs choisi de ne pas engager de mesures de rétorsion à grande échelle, privilégiant plutôt la diversification et le renforcement de leurs échanges avec d’autres partenaires commerciaux. Dans ce contexte, le commerce mondial a continué de progresser, démontrant une résilience supérieure aux attentes.
Où le commerce connaît-il la plus forte croissance ?
C’est l’Asie de l’Est et le Pacifique qui ont enregistré la plus forte croissance des échanges commerciaux parmi toutes les régions du monde. La valeur de leurs échanges a progressé de 24 % au cours des cinq premiers mois de 2026 par rapport à la même période de l’année précédente. L’Europe arrive en deuxième position avec une hausse de 12 %, suivie de l’Afrique subsaharienne, dont les échanges ont augmenté de 11 %.
Au-delà de cette performance, l’Asie de l’Est et le Pacifique se distinguent également par un renforcement de l’intégration commerciale régionale. La part des échanges réalisés au sein même de la région est passée de 57 % en 2025 à 60 % au cours des cinq premiers mois de 2026. Cette progression reflète notamment la solidité des chaînes d’approvisionnement asiatiques, qui jouent un rôle central dans le développement et le déploiement des technologies liées à l’intelligence artificielle.
Est-ce que le « découplage » entre les États-Unis et la Chine divise le monde en blocs rivaux ?
Pas à ce stade. Si les États-Unis et la Chine ont considérablement réduit l’intensité de leurs relations économiques au cours de la dernière décennie, cette évolution n’a pas provoqué de fragmentation plus large de l’économie mondiale. Dans leur grande majorité, les principaux alliés des États-Unis ont maintenu des liens commerciaux et d’investissement significatifs avec la Chine.
Par ailleurs, les relations économiques directes entre les États-Unis et la Chine ne représentent qu’une part relativement modeste de l’activité mondiale. À son plus haut niveau, en 2015, le commerce de marchandises entre les deux pays représentait 3,5 % du commerce mondial. Cette proportion est tombée à 1,6 % au cours des cinq premiers mois de 2026. Leur poids dans les investissements internationaux des entreprises est encore plus limité, puisqu’il représente moins de 1 % des flux mondiaux.
Ainsi, malgré le recul des échanges entre les deux plus grandes économies du monde, les flux commerciaux et d’investissement internationaux ont continué de se réorganiser plutôt que de se fragmenter, témoignant de la capacité d’adaptation de l’économie mondiale.
Est-ce que les États-Unis sont devenus moins dépendants de la Chine ?
Les échanges directs entre les États-Unis et la Chine ont fortement reculé, mais la réalité est plus nuancée lorsqu’on prend en compte les chaînes d’approvisionnement mondiales. Une part croissante des marchandises importées par les États-Unis depuis des pays tiers intègre en effet des composants ou matériaux d’origine chinoise. Ainsi, lorsque l’on considère ces flux indirects, la dépendance de l’économie américaine à l’égard de la Chine n’a que très peu diminué jusqu’en 2024.
Les entreprises devraient-elles repenser leurs chaînes d’approvisionnement pour améliorer leur résilience ?
Pour les dirigeants d’entreprise, le rapport souligne l’importance de se préparer aux perturbations tout en continuant de tirer parti des opportunités offertes par l’internationalisation. Si certaines économies, certains secteurs ou certaines routes commerciales restent exposés à des risques significatifs, les flux mondiaux demeurent globalement robustes. Les décisions stratégiques, telles que la relocalisation de la production, doivent donc trouver un équilibre entre le renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement et les bénéfices qu’apportent une présence internationale et un accès élargi aux marchés. À l’inverse, les entreprises qui se retirent des marchés mondiaux alors que leurs concurrents maintiennent une empreinte internationale pourraient voir leur position concurrentielle s’éroder.





