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Rabat : l’écriture féminine en débat au festival “Littératures itinérantes”

Rabat : l’écriture féminine en débat au festival “Littératures itinérantes”
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Hibapress / MAP

Des écrivaines marocaines et étrangères, réunies samedi à Rabat à l’occasion d’une table ronde dans le cadre de la 7e édition du festival « Littératures itinérantes », placée sous le signe « Le monde écrit par elles », ont débattu du rôle de l’écriture féminine en tant que levier pour repenser le rapport à soi, à la société et au monde.

Les échanges ont porté sur des questions liées à la mémoire, à l’identité et à la liberté, ainsi qu’aux enjeux contemporains inhérents à l’espace numérique et à la capacité de l’être humain à développer une réflexion indépendante, en présence de 30 écrivaines de différents pays du monde.

Cette rencontre a permis de mettre en lumière le rôle de l’écriture dans l’exploration des enjeux liés à la condition féminine, de valoriser des expériences de femmes longtemps restées dans l’ombre et de favoriser l’expression des questionnements relatifs à soi et à la société.

A cet égard, la conférencière et membre de l’Académie du Royaume du Maroc, Asma Lamrabet, a relevé que « l’écriture constitue pour elle une forme de résistance », notant que « la récurrence du concept de résistance en lien avec l’écriture, bien qu’elle soit épuisante, demeure une nécessité constante, particulièrement dans un contexte marqué par un recul des droits des femmes au niveau international ».

Dans son intervention, Mme Lamrabet a souligné que « les écrits féminins tirent leur sens de leur capacité à faire face à l’invisibilisation des femmes et à la dissimulation de leurs rôles, et à contrer la marginalisation qui touche leurs droits et leurs contributions, en dépit de leur présence continue dans l’Histoire ».

De son côté, l’écrivaine et romancière française, Camille Laurens, a affirmé que l’écriture sur soi constitue, pour elle, une expérience créative qui va au-delà de la reproduction de la réalité, et repose sur la reconstruction de l’expérience personnelle à travers la mémoire, la langue et le regard porté sur soi et sur les autres.

Livrant une vision littéraire et psychologique des liens existant entre l’écriture, la vérité et la mémoire, Mme Laurens a considéré que la mémoire n’est pas un miroir qui reflète le passé avec précision, mais plutôt un espace où s’entremêlent des détails oubliés et des récits transmis, faisant de la transition des faits vécus dans la réalité vers le texte écrit un processus où la réalité se mêle à la fiction.

Pour sa part, l’ancienne ministre française et écrivaine, Najat Vallaud-Belkacem, a fait le lien, dans son intervention, entre l’écriture féminine et la lutte pour les droits des femmes, estimant que l’écriture émane, en partie, d’une inquiétude vis-à-vis de questions et d’expériences restées loin du centre d’intérêt, telles que la violence à l’égard des femmes et les mutations que connaît la société.

Mme Vallaud-Belkacem s’est également penchée sur les mutations engendrées par la technologie dans la vie quotidienne, notamment l’impact de l’espace numérique et de l’utilisation intensive des écrans sur le rapport de l’Homme à la connaissance, à l’attention et à la mémoire, estimant que l’interaction avec ces mutations ne doit pas se limiter à la fascination pour les potentiels techniques et économiques de la technologie, mais requiert également d’interroger ses répercussions psychologiques et sociales.

A ce propos, elle a expliqué avoir relevé, à travers ses rencontres avec des chercheurs et des ingénieurs, une prise de conscience inégale des risques liés à l’espace numérique, faisant savoir que les femmes ont fait montre, selon ses observations, d’une plus grande sensibilité à l’égard des impacts psychologiques et sociaux de l’utilisation intensive des écrans.

La 7ème édition du festival « Littératures Itinérantes », qui se poursuit jusqu’à dimanche, est marquée par la programmation de tables rondes abordant des thématiques telles que « Le monde sous des plumes féminines », « Les mots et les femmes », et « Quand les femmes retissent les liens entre les deux rives », ainsi que par des séances de signature de livres et des lectures d’extraits littéraires.

La manifestation se clôturera par un spectacle sous forme de procès littéraire intitulé « Faut-il tuer Shéhérazade? », une expérience littéraire et théâtrale inédite, réalisée en collaboration avec le Parlement des écrivaines francophones, où s’entremêlent les frontières du théâtre, de la littérature et du débat intellectuel.

A travers ce spectacle, les écrivaines incarnent dans le cadre symbolique d’une salle d’audience, les rôles de procureures, de témoins, de juges et d’accusées, afin d’interroger et de célébrer les voix féminines.

Le festival avait entamé son aventure itinérante à Salé en 2017, pour faire escale ensuite à Casablanca (2018), Marrakech (2019), Fès (2022), Tanger (2023) et Rabat (2024), qui accueille de nouveau des invités de différents pays, consolidant ainsi son dynamisme en tant que capitale mondiale du livre.

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