HIBAPRESS – Par Abdellatif Baraka
La scène nationale vit ces derniers temps des mouvements sociaux marquants, incarnés par le mouvement "Z" qui a brandi des slogans appelant à l'amélioration des conditions sociales, notamment l'éducation et la santé, face à la prise de conscience croissante du citoyen marocain de l'importance d'améliorer les services publics et de réaliser la justice territoriale et la dignité sociale.
Entre ceux qui voient dans ces mouvements une opportunité historique pour réorganiser les priorités de développement, et ceux qui mettent en garde contre certains dérapages qui ont accompagné certaines manifestations, le débat reste ouvert sur les moyens de réforme, les limites de la responsabilité et le rôle du gouvernement et de la société dans la construction d'un Maroc d'équité et de citoyenneté active. Dans ce contexte, nous accueillons M. Abd al-Rahman Serroud, acteur politique et ancien président de la Chambre atlantique centrale d'Agadir et membre du parti Rassemblement national des indépendants, dans cet entretien. Pour parler de sa position sur cette nouvelle dynamique sociale, de son point de vue sur les revendications du mouvement "Z", ainsi que de son évaluation des efforts du gouvernement pour faire face aux défis structurels auxquels sont confrontés les secteurs sociaux, notamment l'éducation et la santé. Q. M. Abd al-Rahman Serroud, comment interprétez-vous l'émergence du mouvement "Z" et ses manifestations qui ont soulevé des revendications dans le domaine de la santé et de l'éducation ? R. Tout d'abord, je tiens à souligner que chaque citoyen a le droit d'exprimer son opinion et de revendiquer ses droits de manière pacifique, ce qui est garanti par la constitution du Royaume. L'émergence du mouvement "Z" est une expression de la vitalité de la société civile marocaine et de la sensibilisation des citoyens à leurs problèmes, notamment dans des domaines sensibles comme la santé et l'éducation. Ces revendications, à mon avis, sont tout à fait légitimes, et elles découlent de longues accumulations et nécessitent un traitement global et participatif. Q. Quelle est votre position sur certains actes de violence et de vandalisme qui ont coïncidé avec les manifestations ? R. Clairement, je refuse et condamne fermement tout acte de vandalisme ou tout comportement sortant du caractère pacifique. La protestation pacifique est un droit légitime, mais il est inacceptable de la transformer en chaos ou de porter atteinte aux biens publics et privés. L'État et la société partagent la responsabilité de maintenir le caractère civilisé de tout mouvement de protestation, et il est nécessaire d'isoler ceux qui cherchent à utiliser ces revendications à des fins non pacifiques ou destructrices. Q. Certains estiment que les manifestations de la santé et de l'éducation reflètent l'échec des politiques gouvernementales, en particulier le gouvernement Akhannouch. Quel est votre avis là-dessus ? R. Permettez-moi d'être clair : on ne peut nier qu'il existe des problèmes cumulatifs dans les secteurs de la santé et de l'éducation qui remontent à des années, voire à des décennies de gestion, et ces problèmes ne peuvent être résolus du jour au lendemain. Le gouvernement de Monsieur Aziz Akhannouch, depuis qu'il a pris ses fonctions, a lancé un certain nombre de grands chantiers de réforme, comme le programme Ourach, le renforcement du système de santé dans la perspective de la généralisation de la protection sociale, et des plans pour la réhabilitation de l'éducation en améliorant les infrastructures et en formant les cadres. Nous ne disons pas que la situation est idéale, mais il y a une véritable volonté de réforme et une voie qui commence à porter ses fruits, et cela prendra du temps et de la continuité. Q. Comment envisagez-vous l'avenir de la relation entre la société et l'État à la lumière de ces manifestations ? R. Je suis optimiste. Ce qui s'est passé montre que le citoyen marocain est devenu plus conscient et revendique ses droits de manière mature. De même, les institutions officielles ont commencé à faire preuve de réactivité à cette voix, en essayant d'expliquer, de communiquer et de proposer des solutions. Mais le plus important est de transformer ce moment en une opportunité pour instaurer la confiance, par le dialogue franc, l'écoute effective du citoyen et le travail pour réaliser le changement sur le terrain, et pas seulement dans les discours. L'enjeu aujourd'hui est que ces mouvements restent pacifiques, civilisés, organisés et qu'ils se traduisent par un véritable partenariat entre le citoyen et le décideur, pour un Maroc plus juste, et avec une égalité des chances, notamment dans les services de base comme la santé et l'éducation. Q. Un dernier message que vous souhaitez adresser aux manifestants et à l'ensemble des Marocains ? R. Mon premier message à chaque Marocaine et Marocain : ne renoncez pas à vos droits, mais exigez-les de manière civilisée et pacifique, car la paix est notre force, et c'est elle qui donne aux revendications leur légitimité. Et mon deuxième message : soyons tous des partenaires dans la réforme, que ce soit en tant que citoyens, élus ou acteurs de la société civile. Le chemin n'est pas facile, mais l'espoir est grand, et le travail acharné nous mènera à des résultats positifs. L'avenir se construit par le dialogue, par la confiance mutuelle et par une volonté collective sincère.





