Hibapress / Radio-Canada
Une carte peut sembler être un simple outil de géolocalisation. Or, c’est un instrument d’influence important et « ça influence la vision du monde », évoque le professeur au Département de géographie de l’UQAM, Yann Roche.
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté vendredi une résolution sans précédent : une nouvelle édition de la carte mondiale sera dorénavant promue, le modèle Equal Earth, qui offre une représentation plus exacte de la taille des continents.
Après plusieurs années de débats, l’initiative « Corrigez la carte (nouvelle fenêtre) » portée par l’Union africaine et le Togo a convaincu 164 pays à l’ONU, avec une seule voix contre, celle des États-Unis. Six autres nations se sont abstenues de voter.
Qu’est-ce qui posait problème avec la carte de Mercator, presque universellement utilisée depuis le 16e siècle?
Comme elle déformait certaines parties du monde, ça venait en appui à une certaine vision de domination du Nord par rapport au Sud. Quand on dit le Nord, c’est-à-dire les pays occidentaux, principalement dans un premier temps, les pays européens au moment de la colonisation, puis on peut y rajouter le Canada et les États-Unis, mais aussi la Russie, qui se retrouvent largement surestimés
, explique M. Roche.
Shivanand Balram, enseignant en géographie à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique, partage le même avis et soutient qu’une projection qui déforme les surfaces peut créer des représentations mentales associées à l’importance et au pouvoir
.
Le continent africain, par exemple, n’est pas réduit sur la carte de projection de Mercator, qui exagère plutôt la taille des pays situés près des pôles, comme le Groenland. Cette distorsion est due en premier lieu à la forme sphérique de notre planète, la Terre.
C’est difficile de représenter sur une carte à plat des objets qui sont à la surface d’une sphère
, indique Yann Roche, qui est aussi membre de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.





