HIBAPRESS – Mohamed Zerriouh
Le village d'Arkman, dans la province de Nador, abrite un héritage historique et économique qui témoigne encore de la relation de l'homme avec sa terre et ses ressources naturelles. Il s'agit des salines, connues localement sous le nom de «Amoutour el Melh» ou «Tibhrai», une zone dont le nom est lié depuis de longues décennies à l'extraction du sel. L'importance de ce site ne se limite pas à sa valeur économique, mais s'étend à sa mémoire historique qui remonte à la période de la présence espagnole dans la région, époque où des installations ont été créées pour extraire le sel et l'exporter via les navires qui faisaient escale dans le port d'Arkman.
Les vestiges des anciennes installations, ainsi que ce qui reste des traces des usines et des pompes, racontent des chapitres de l'histoire de la région qui demeurent présents dans la mémoire des fils du village, malgré le déclin et la négligence subis par ces monuments. Ces vestiges sont devenus des témoins silencieux d'une période historique où le sel était l'une des ressources qui ont contribué à dynamiser la vie économique locale, avant que les installations ne déclinent et que des parties importantes de leurs caractéristiques ne disparaissent, laissant derrière elles un héritage qui mérite d'être documenté et valorisé.
Le lac qui abrite ces salines se caractérise par des propriétés naturelles qui en font un espace propice à la cristallisation du sel, puisque les eaux de pluie s'y accumulent pendant l'hiver, tandis que certaines de ses étendues se transforment en été en champs recouverts de blanc par les dépôts de sel. Grâce à la forte salinité, le lac est devenu une ressource naturelle dont les habitants extraient des quantités importantes de cette matière, dans un processus basé principalement sur des moyens traditionnels qui demandent un grand effort physique et une longue patience.
Malgré la difficulté du travail et ses conditions précaires, les salines continuent de représenter une source de revenus pour des dizaines de personnes de la région, qui poursuivent l'extraction de cette matière contre des revenus limités qui dépendent du volume de la récolte et des conditions de travail. Ainsi, ces salines ne représentent pas seulement un espace naturel éphémère, mais sont liées à un quotidien et à des familles qui dépendent de ce que le lac offre pour assurer une partie de leurs besoins, ce qui fait du déclin de cette activité ou de sa disparition une menace directe pour une source de revenus traditionnelle qui a résisté malgré les transformations connues par la région.
Face à cette importance économique et historique, le besoin se fait sentir de réfléchir aux moyens de sauver les salines d'Arkman de la disparition, en les protégeant, en réhabilitant leur environnement, et en faisant connaître leurs atouts naturels et patrimoniaux, tout en recherchant des possibilités de les valoriser touristiquement de manière à préserver leur spécificité et à bénéficier aux populations locales. Le site, dont les eaux fournissent du sel aux habitants de la région, et dont le paysage attire l'intérêt des visiteurs, mérite de devenir un levier de développement local au lieu de rester menacé par le déclin et l'oubli, d'autant plus que sa préservation signifie la sauvegarde d'une partie de la mémoire d'Arkman et la protection d'une ressource économique qui continue de faire vivre des dizaines de familles.





