ALGÉRIE/ LA NOUVELLE GUERRE CETTE FOIS LINGUISTIQUE : ON VEUT IMPOSER L’ANGLAIS DANS LES UNIVERSITÉS À LA PLACE DU FRANÇAIS. CONSÉQUENCES

0
832

La guerre des langues est-elle relancée en Algérie ? Le 8 juillet, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Bouzid Tayeb, avait annoncé œuvrer « à mettre en place les mécanismes nécessaires pour consolider l’utilisation de l’anglais à l’université et dans la recherche ». Ajoutant : « Le français ne mène nulle part. » En Algérie, si la scolarité se fait en arabe, le français reste la langue de l’enseignement supérieur dans les disciplines scientifiques et techniques.

Le 21 juillet, le même ministre donnait ordre aux facultés algériennes d’utiliser uniquement l’arabe et l’anglais dans les en-têtes des correspondances et des documents officiels. Un geste présenté comme la première étape d’un remplacement du français par l’anglais dans l’enseignement, alors que le pays est plongé dans une crise politique depuis cinq mois.

 « L’agitation autour de cette question est liée à une conjoncture politique tendue, mais aussi à un positionnement personnel de l’actuel ministre. Celui-ci appartient à cette frange d’universitaires qui prônent l’anglais comme langue étrangère dominante dans le système éducatif algérien », rappelle la professeure des universités, Khaoula Taleb Ibrahimi. Directrice du laboratoire de linguistique, sociolinguistique et didactique des langues à l’université d’Alger-II, elle rappelle que, depuis l’accès du pays à l’indépendance, une guerre des positions renvoie dos à dos deux formations intellectuelles : « Celle en langue française et celle exclusivement en langue arabe. »

Depuis les années 1970, les campagnes d’« arabisation » de l’enseignement, marquées par des flux et des reflux, structurent les politiques d’éducation et les luttes d’influences entre ces deux pôles en Algérie. A partir du début des années 2000, les premiers mandats d’Abdelaziz Bouteflika ont été marqués par une reconsolidation de la langue française, enseignée désormais dès la troisième année du primaire.

Le caractère soudain de la dernière annonce, présentée au terme d’un « sondage en ligne auprès de la communauté universitaire »effectué en moins de deux semaines, a laissé sans voix ses détracteurs. Lesquels posent la question de la légitimité d’un gouvernement censé expédier les affaires courantes, et contesté par la rue, à engager le pays dans une nouvelle politique linguistique.

 « La communauté universitaire n’a pas été consultée plus que cela. De plus, l’illégitimité de l’actuel gouvernement jette la suspicion sur chacune de ses décisions », souligne Mme Ibrahimi. « La mise en concurrence de ces langues – anglais contre français particulièrement – est plus d’ordre politique et est régulièrement utilisée, soit par le pouvoir, soit par des segments de la société, pour détourner l’attention de questions plus capitales pour l’avenir du pays », ajoute l’universitaire.

Pour ses opposants, il s’agit donc d’une manœuvre de diversion du régime qui, confronté à un soulèvement populaire, cherche à diviser l’opinion sur des bases identitaires. A l’image de la criminalisation du port de l’emblème berbère dans les manifestations. Le pouvoir tenterait aussi de retisser des liens avec les mouvances islamiste et conservatrice pour contrer les revendications en faveur d’un Etat civil. Des revendications assimilées aux « élites francophones » et à un parti de l’étranger complotant contre l’identité algérienne.

L’anglais a souvent été instrumentalisé dans les années 1980 et 1990 par le courant conservateur comme une arme de substitution à la langue française dans l’enseignement – et par là même aux francophones vus comme « démocrates » ou « laïcs ». Mais l’époque a changé et un nouvel acteur donne aujourd’hui de la voix : le milieu universitaire algérien de formation anglophone, comme l’indique l’universitaire et journaliste Yassine Tellali, interviewé par Radio M. « Il y a les aspirations propres de certaines élites à remplacer d’autres élites qu’elles considèrent sur le déclin. Il y a aujourd’hui des universitaires algériens formés en anglais qui aimeraient trouver leur place à l’université et qui estiment que le français y occupe trop de place pour ce qu’il vaut au niveau international sur le plan académique, a-t-il résumé. C’est un phénomène sociologique à étudier, ce n’est pas seulement une question d’alliance entre le régime et les conservateurs. »  Par Majid Zerrouky.Le Monde

 

Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À Découvrir Aussi

AUJOURD’HUI À 18H30 À L’IFK : DÉCOUVREZ LE GÉNIE DE L’ARTISANAT MAROCAIN À TRAVERS LE REGARD SCIENTIFIQUE

Une Exposition qui permet de découvrir le génie de l’Artisanat Marocain à travers le regar…