ALGÉRIE. IL AVAIT POURTANT PROMIS UN NOUVEAU GOUVERNEMENT PLUS CRÉDIBLE: TEBBOUNE, COMME À SON HABITUDE, A ENCORE UNE FOIS DE PLUS MENTI AU PEUPLE. LE HIRAK MONTE AU CRÉNEAU

HIBAPRESS-RABAT-AGENCES

Le président algérien Abdemadjid Tebboune a procédé, hier dimanche, à un remaniement de son gouvernement, très attendu mais sans changement d’équipe majeur face au Mouvement de protestation populaire du Hirak qui marque aujourd’hui lundi son 2e anniversaire.

Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, pourtant critiqué, reste à son poste ainsi que les détenteurs des ministères régaliens, selon la liste publiée par la présidence de la République.

Sont partants le ministre de l’Energie, Abdelamadjid Attar, chargé d’une rente pétrolière sur le déclin, et son collègue de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, qui paie sa gestion du dossier de la relance de l’industrie automobile.

Les ministres des Ressources en Eau, du Tourisme, de l’Environnement et des Travaux publics quittent également le gouvernement.

Parmi les arrivants, avec le portefeuille du Tourisme, figure Mohamed Ali Boughazi, un ancien conseiller de l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika, une nomination qui fait grincer des dents sur les réseaux sociaux.

En revanche, le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, symbole de la lutte anti-corruption mais aussi de la répression judiciaire contre l’opposition et les militants du Hirak, garde son portefeuille, tout comme le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Ammar Belhimer, qui garde la haute main sur les médias.

Avant de s’envoler pour Berlin début janvier, pour s’y faire soigner de “complications” post-Covid, Tebboune avait pourtant exprimé publiquement son insatisfaction devant l’action du gouvernement Djerad:

“Ce remaniement concernera des secteurs qui enregistrent des déficits dans leur gestion ressentis par les citoyens et nous-mêmes”, avait-il alors promis.

Riposte immédiate de Zaki Hannache, un militant de 33 ans:
“Le remaniement ne me concerne pas, ce sont les mêmes pions. C’est la même chose pour le Parlement, les nouveaux (députés) travailleront comme le régime actuel pour leurs propres intérêts. Ils ne travaillent pas pour le peuple”

Le président Tebboune avait auparavant dissous l’Assemblée Populaire Nationale (APN), la Chambre basse du Parlement,dont le mandat devait expirer en 2022, ouvrant comme prévu la voie à des élections législatives anticipées dans les six mois.

Aucune date n’a encore été fixée pour le scrutin. Mais la classe politique table sur le mois de juin.

Selon la Constitution, les élections doivent avoir lieu dans un délai de trois mois. Dans le cas où ces élections ne peuvent être organisées avant cette échéance, le scrutin peut être prorogé d’une durée unique de trois mois.

Dans un discours à la Nation jeudi dernier au soir, le président Tebboune avait annoncé la dissolution de l’ANP et l’organisation d’élections locales et législatives anticipées pour faire face à la triple crise politique, économique et sanitaire qui ébranle l’Algérie.

Il avait aussi promis de remanier le gouvernement “sous les 48 heures”. Un remaniement qui aura pris finalement plus de temps que prévu.

Pour tenter de répondre à la rue, Tebboune avait également décrété jeudi dernier une grâce présidentielle en faveur d’une soixantaine de détenus d’opinion, un geste d’apaisement adressé au mouvement de protestation populaire du Hirak.

Depuis, près de 40 prisonniers ont été libérés, dont l’opposant Rachid Nekkaz et le journaliste Khaled Drareni, devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse.

Mais malgré le discours du chef de l’Etat, des appels à manifester aujourd’hui lundi dans tout le pays, notamment à Alger, pour l’anniversaire du Hirak, circulent sur les réseaux sociaux, après plusieurs rassemblements en province cette semaine.

Le Hirak a dû suspendre en mars ses manifestations hebdomadaires en raison de l’épidémie de coronavirus.

Hier Dimanche, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis à Paris pour appeler entre autres à la libération de tous les prisonniers d’opinion et réclamer un “changement radical” du système.

Déclenché le 22 février 2019, le Hirak – mouvement de protestation populaire inédit en Algérie – avait poussé le président Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies, à la démission deux mois plus tard.

 

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