MAURITANIE: LE PRÉSIDENT OULD EL GHAZOUANI MET LES POINTS SUR LES “I” SUR L’EX PRÉSIDENT OULD ABDELAZIZ EMPRISONNÉ. INTERVIEW

HIBAPRESS-RABAT-D’APRÈS RFI

Lors d’une interview à Nouakchott, le chef de l’État mauritanien Mohamed Ould Ghazouani répond aux questions de Christophe Boisbouvier de RFI, dont celle ou il assure qu’il n’a pas « trahi » son prédécesseur Mohamed Ould Abdel Aziz, en prison depuis le 22 juin pour détournement présumé de fonds publics.

*C.B. : Pour que cette lutte anti-jihadiste soit plus efficace, est-ce qu’il ne faudrait pas que le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) monte aussi des opérations conjointes avec l’armée algérienne ? Est-ce qu’il ne faudrait pas que les renseignements du G5 partagent leurs informations avec les renseignements algériens ?

+Je suis tout à fait d’accord avec vous sur l’importance du rôle joué par l’Algérie, du fait que l’Algérie est là. L’Algérie partage des frontières avec trois pays du G5. Cette proximité est quand même importante. Elle doit être prise en considération dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans notre sous-région.

*C.B. : Vous parlez de cette enquête parlementaire. On a remarqué qu’elle a démarré en janvier 2020, quelques semaines après que votre prédécesseur eut tenté de reprendre le contrôle du Parti au pouvoir, l’Union Pour la République (UPR). Est-ce que la coïncidence des dates n’est pas troublante quand même ?

+Non, je ne vois pas en quoi cela est troublant. L’UPR est un Parti effectivement. C’était l’outil politique du pouvoir en place. Il s’agit comme n’importe quel Parti d’un certain nombre d’hommes et de femmes. Je ne pense pas qu’on puisse s’approprier un Parti et considérer que c’est un objet. Le Parti est composé d’un directoire, de militants. Ce sont des personnes. Ils prennent des positions là où ils le veulent. Je ne pense pas du tout qu’on peut lier ces deux évènements.

*C.B. : Mais vous n’avez pas apprécié le fait que votre prédécesseur ait voulu reprendre le contrôle de ce Parti, alors ?

+Non. Je vous dis, c’est le directoire du Parti, et ce sont les Députés du Parti, peut-être qu’ils n’ont pas apprécié. Au contraire, j’avais beaucoup contribué à calmer cette population aussi bien au niveau du Parti qu’au niveau du Parlement.

*C.B. : Et votre prédécesseur affirme que les Députés qui ont lancé cette enquête parlementaire ont été soudoyés par des membres influents de votre entourage dans le but que cette enquête soit ouverte ? Qu’est-ce que vous lui répondez ?

+D’abord, je ne l’ai jamais appris comme ça. Je défie quiconque de dire qu’il a été soudoyé pour prendre une position, parce que je connais bien la situation. Je sais que j’avais fourni beaucoup d’efforts justement pour calmer cette situation. Donc, il n’y avait pas besoin de soudoyer quiconque. S’ils devaient être soudoyés, c’est pour calmer.

*C.B. : Vous êtes amer quand même ? Vous êtes déçu ?

+Non, je dis que je ne l’ai pas trahi.

*Et lui, vous a-t-il trahi ?

+Posez-lui la question.

*C.B. : Et si jamais, l’ancien président restitue une partie des biens mal acquis qu’il aurait éventuellement obtenus, est-ce qu’il pourrait échapper à un procès ?

+Il ne me revient pas de prendre des décisions, de prendre des positions par rapport à cela. Je considère que, depuis que le dossier est entre les mains de la Justice, il vaut mieux attendre que la Justice tranche dans un sens ou dans l’autre.

*Et l’alternance?

+Oui, j’ai un peu déjà entendu cette interprétation. Moi, je crois que ceux qui s’accrochent, qui veulent s’accrocher au pouvoir et ne pas accepter d’alternance, n’ont pas besoin de situation comme ça pour justifier. Ceux qui veulent considérer que l’alternance est nécessaire ne seront pas plombés par le fait que quelqu’un pourrait comparaître devant la justice pour être interrogé sur certaines choses.

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