Le pavillon marocain et le Cheesecake gouvernemental promis.

Hibapress / Akram Louiz*

Le drapeau hissé à l’arrière de chaque navire est le pavillon qui reflète le pays du registre national où est inscrit ce navire pour pouvoir naviguer. C’est une immatriculation qui peut cependant être différente de la nationalité de l’armateur ou l’exploitant du navire. Cela est tout à fait naturel et légal puisque, pour immatriculer leurs navires, les armateurs choisissent les pays qui les aideront à mieux développer leurs affaires économiques ou qui leur offriront le plus d’exonérations fiscales.

Ces pays peuvent même être des paradis fiscaux. On appelle ces pays les pavillons de complaisance ou parfois les pavillons de libre immatriculation. Panama, Singapour et Chypre sont des exemples de pavillons de complaisance.
Cependant, les pays des pavillons de complaisance utilisent différentes méthodes afin d’attirer de plus en plus de navires pour l’immatriculation. Ces pays peuvent parfois ne pas protéger les marins par des réglementations maritimes ou peuvent même préserver des failles juridiques pour permettre aux armateurs de ne pas être poursuivis correctement devant la justice, et cela est très alléchant et profitable aux armateurs. Il est alors récurrent que les travailleurs à bord des navires battant pavillon de complaisance souffrent des salaires dérisoires. des conditions médiocres à bord, etc …
Malheureusement, malgré leur travail sérieux, rien ne les protège si l’armateur décide de les chasser de ses navires. Le pauvre marin veut travailler à tout prix mais son travail n’est pas souvent respecté dans le cadre de la dignité et de la noblesse de son métier.
Les navires jouissant des lignes et des ports marocains et battant des pavillons de complaisance peuvent alors faire très mal aux marins marocains et étrangers ou même causer leurs décès sans que les exploitants de ces navires soient correctement punis. En conséquence, les autorités maritimes marocaines doivent suivre le modèle des pays développés en obligeant les navires battant des pavillons de complaisance à être agréés par le syndicat mondial ITF afin de protéger les marins de l’esclavage moderne et du racisme et pour leur permettre de demander leurs droits et de jouir d’une protection juridique marocaine et internationale.
Les marins marocains ont le droit de se demander si le pavillon marocain est déjà un pavillon de complaisance. C’est une question innocente mais très significative puisqu’au Maroc, il y a toujours ce fameux problème de réglementations maritimes. Personne ne veut mettre à jour le droit de travail maritime, ni mettre à jour les conventions collectives des marins, etc …. En plus, les marins ne reçoivent aucune formation concernant la convention internationale de travail maritime qui est normalement déjà applicable au Maroc. Cette convention donne normalement aux marins le droit de porter des plaintes contre leurs armateurs, mais malheureusement, la plupart des plaintes restent sans suite ni réaction et cela nuit même à la réputation de nos ports. Beaucoup de marins marocains pensent finalement qu’il vaut mieux pour eux que le pavillon marocain devienne officiellement un pavillon de complaisance. Au moins, les marins marocains pourront tirer profit du syndicat international ITF où le Maroc participe régulièrement. En plus, si le pavillon Marocain devient de complaisance, beaucoup de nouvelles entreprises viendront immatriculer leurs navires au Maroc, les sièges de ces entreprises s’installeront au Maroc et notre pays pourra en profiter économiquement.
Les marins marocains ne font plus confiance aux syndicats marocains incapables d’imposer des textes réglementaires ou de les mettre à jour pour garder la dignité du travailleur en mer. Ces mêmes syndicats, censés protéger le marin de la cruauté des armateurs, osent même demander solennellement au gouvernement de participer à la création d’une nouvelle flotte nationale. Ces syndicats demandent alors à l’état marocain d’offrir un bon Cheesecake aux armateurs qui ne cessent d’humilier le noble marin marocain. En réalité, le Maroc n’est ni capable ni prêt à donner encore une fois des milliards comme subventions et aides aux armateurs afin de créer des entreprises marocaines qui échoueront comme Comanav à cause de la mauvaise gestion ou la fraude. Tout le monde est au courant de l’affaire du marocain qui a laissé son entreprise maritime marocaine en faillite puis a créé secrètement, par des membres de sa famille, une nouvelle entreprise maritime en Espagne. Mais comment ce marocain a- t-il pu créer un aussi grand capital en Espagne alors que son entreprise coulait au Maroc???!!!
Les armateurs marocains qui courent derrière les aides financières pourront même accepter une autorité de suivi étatique qui veille sur la bonne gestion de leurs entreprises. Cependant, cela reste pratiquement de la science-fiction dans ce contexte mondial du capitalisme libre. En plus, tous les marins marocains sont convaincus que nos responsables de la marine marchande sont si faillibles que l’état ne doit pas leur faire confiance dans le suivi du Cheesecake étatique des millions de dollars que les entrepreneurs marocains demandent. Le Maroc s’est engagé dans la voie de la privatisation dans le but de l’allègement de la masse salariale, donc même le modèle public du secteur maritime algérien est hors de portée. Cependant, n’est il pas politiquement stratégique pour le Maroc de créer un nouvel établissement maritime public qui gère des navires de pavillon marocain spécialisés dans le transport des Phosphates et des hydrocarbures ? C’est la vraie question que les syndicats marocains devraient poser devant le parlement!!!!

*Akram Louiz: Lieutenant mécanicien de première classe de la marine marchande.

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