HIBAPRESS – Abdellatif Baraka
Après l'annonce de la composition du gouvernement de Fatima Ezzahra Mansouri, où le portefeuille du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale a été confié à Younes Bijeau, les regards se tournent vers la capacité du nouveau ministre à traiter les dossiers en suspens au sein du secteur, au premier rang desquels figurent les diplômés de master en soins infirmiers qui attendent leur réaffectation depuis environ un an, alors que certains instituts supérieurs de professions paramédicales et de techniques de santé souffrent d'un manque de cadres éducatifs.
Ce dossier met le nouveau ministre à sa première véritable épreuve dans la gestion de l'un des secteurs les plus liés à la vie quotidienne des Marocains, d'autant plus que la question ne concerne pas seulement un retard administratif, mais soulève des interrogations sur la manière d'investir les compétences formées, et sur l'adéquation entre les besoins des institutions de formation sanitaire et les attentes des cadres titulaires de diplômes supérieurs.
Après avoir terminé leur formation académique et soutenu leurs mémoires de fin d'études, les diplômés de la promotion 2023-2025 du cycle master dans les instituts supérieurs de professions paramédicales et de techniques de santé vivent toujours dans l'attente des décisions de réaffectation, malgré le passage de longs mois depuis l'achèvement de leur parcours scientifique et professionnel.
Ce dossier remonte à l'année 2025, pour se prolonger jusqu'en 2026, ce qui soulève des questions sur les raisons du retard et les perspectives temporelles de son règlement.
Ces interrogations s'intensifient compte tenu du manque d'enseignants et d'encadrants dans certaines institutions de formation sanitaire, et des difficultés à assurer l'enseignement dans un certain nombre de spécialités et d'unités d'enseignement, une situation qui ouvre le débat sur la pertinence d'une planification proactive des ressources humaines, liant formation, recrutement et besoins réels des institutions.
La paradoxe réside dans le fait que nombre de diplômés de master disposent de qualifications scientifiques dans des domaines tels que la pédagogie des sciences paramédicales et des techniques de santé, la gestion et la qualité des services de santé, ainsi que d'autres spécialités cliniques. Ces compétences peuvent contribuer, en fonction des spécialités et des besoins, à renforcer l'encadrement pédagogique et à élever la qualité de la formation et de la recherche scientifique au sein des instituts supérieurs.
En revanche, l'orientation de certains diplômés de ces filières vers les instituts de formation professionnelle dans le domaine de la santé (IFPS), au lieu de bénéficier de leurs qualifications au sein des instituts supérieurs de professions paramédicales et de techniques de santé (ISPITS), suscite un débat sur les critères adoptés pour la distribution des cadres.
Chaque institution a ses missions et ses objectifs de formation, ce qui rend nécessaire que la distribution des ressources humaines soit basée sur la nature des diplômes, des spécialités et des compétences acquises, ainsi que sur les besoins réels de chaque institution.
D'où la question essentielle : comment expliquer l'attente continue des diplômés titulaires d'un master, alors que certains instituts supérieurs sont confrontés à un manque de cadres spécialisés ? Y a-t-il eu une coordination suffisante entre les services en charge de la formation et la direction des ressources humaines pour déterminer les priorités et orienter les compétences vers les institutions qui en ont besoin ?
L'importance du dossier ne se limite pas à l'aspect éducatif, mais s'étend à la gestion des parcours administratifs et professionnels de cette catégorie, notamment à la lumière de la publication du décret n° 2.25.1065, paru au Journal Officiel le 19 janvier 2026, relatif à de nouvelles dispositions concernant le cadre de santé supérieur. Ce développement réglementaire relance les questions sur la manière de mettre en œuvre les dispositions pertinentes, de régler les situations administratives et d'assurer la cohérence entre les qualifications scientifiques et les responsabilités professionnelles.
Dans ce contexte, les regards se tournent vers le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale, et en particulier vers la direction des ressources humaines, pour expliquer les raisons du retard persistant dans la réaffectation, les critères adoptés pour le choix des institutions d'accueil, et dans quelle mesure le manque d'encadrants pédagogiques au sein des instituts supérieurs de professions paramédicales et de techniques de santé est pris en compte.
La divulgation des besoins réels de ces institutions en enseignants et encadrants, et la détermination des spécialités qui connaissent un déficit de ressources humaines, restent une étape essentielle pour traiter le problème sur la base de données précises, loin de toute distribution qui ne tient pas compte de la cohérence entre la formation académique et les exigences d'encadrement.
Au niveau social, l'attente continue exacerbe l'ambiguïté vécue par nombre de diplômés, notamment en ce qui concerne les lieux d'affectation, la stabilité professionnelle et familiale, et les éventuels déplacements géographiques et engagements supplémentaires qui en découlent.
Face à cette situation, les demandes se font entendre pour accélérer la publication des décisions de réaffectation, et adopter des critères clairs et transparents basés sur la compétence, la spécialité et les besoins pédagogiques, tout en étudiant la possibilité d'orienter les cadres qualifiés vers l'enseignement et l'encadrement dans les institutions qui souffrent d'un manque dans leurs spécialités, conformément aux lois et réglementations en vigueur.
Pour le nouveau ministre Younes Bijeau, le traitement de ce dossier sera un indicateur précoce de sa capacité à réorganiser les priorités de gestion des ressources humaines au sein du secteur, et à transformer le débat des simples promesses et mesures administratives en solutions concrètes répondant aux attentes des diplômés et aux besoins des institutions de formation.
Le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale réussira-t-il à clore ce dossier en suspens et à établir un équilibre entre les droits des diplômés et les exigences de l'encadrement pédagogique ? Ou l'attente se poursuivra-t-elle malgré le besoin de compétences qualifiées ?





