“Joker” vu par les cinéphiles marocains

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Hibapress

Par un soir d’octobre bien frais, pas loin d’un complexe cinématographique de la ville de Rabat, deux jeunes hommes se tiennent dans une longue file en attendant de se procurer des billets pour voir le “Joker”, film réalisé par l’Américain Todd Phillips, avec un Joaquin Phoenix “légendaire” dans le rôle-titre et polémique, quant à sa diffusion controversée auprès d’un public d’enfants et d’adolescents.

Une fois au guichet, les deux hommes demandent deux places adjacentes mais apprennent, à leur grand regret, que la salle affiche complet et que seules trois places mal situées sont disponibles. Animés par les échos du film, qui le décrivent comme « particulier et intriguant », les deux jeunes finissent quand même par accepter, quoi qu’à contrecœur, la proposition.

L’un des indicateurs qui a nourri cette impression est le standing-ovation de 8 minutes ayant marqué la première projection du film au festival de Venise, lors duquel il a raflé le prix du Lion d’or, et ce avant de susciter un grand débat aux États-Unis, entre accusations d’incitation à la violence, expression explicite des contradictions de l’Homme moderne ou cri des victimes de la société.

« Joker » est un thriller psychologique qui raconte l’histoire d’Arthur Fleck, un homme au rire compulsif, qui rêve de devenir humoriste pour donner le sourire aux gens, mais qui se retrouve finalement victime de brimades, de railleries et d’agressions de la part de la société.

Son collègue muni alors d’une arme à feu pour qu’il puisse se défendre face à ses détracteurs. Et c’est exactement ce qu’il fait en abattant trois individus qui l’interpellent à bord du métro, entamant ainsi sa transformation en tueur en série, éliminant sur son chemin ses agresseurs et ceux qui, de quelque façon que ce soit, lui ont causé des peines psychologiques, y compris la femme qu’il pensait être sa mère.

Bien que l’histoire et l’intrigue du film suscitent la sympathie du spectateur envers le héros « criminel » et la violence qui a ciblé ses victimes, le film comporte de nombreux messages, cachés ou explicites, qui incitent essentiellement à sensibiliser à la souffrance des personnes atteintes de troubles psychiques, diffuser les valeurs de solidarité entre les différentes catégories sociales et condamner les manifestations négatives du capitalisme sauvage.

« Les scènes où le héros court sont celles qui ont le plus attiré mon attention. Il me semble qu’elles étaient au nombre de quatre ou cinq. Sa manière de courir, en tant que clown, est drôle mais elle cache, à mon sens, un message fort », indique à la MAP, Houda, une jeune étudiante universitaire qui a vu le film accompagnée de son amie.

Sur un ton bouleversé, elle rappelle la première scène où le « Joker » court derrière des enfants qui lui ont volé son panneau publicitaire, alors que dans une deuxième, il court de plus belle après s’être emparé du dossier médical de sa mère, qui lui avait été refusé par le responsable des archives.

« Cette poursuite de revendication des droits reflète un message fort », poursuit-elle, tandis que son amie Rajae évoque un autre message qu’elle considère notable, celui de la maladie mentale et de ses répercussions sur la société.

Dans une déclaration similaire, Rajae estime que le thème de la maladie mentale était dominant, ajoutant que le héros, souffrant de troubles mentaux, n’a pas été approché de la meilleure des façons, déclenchant ainsi son passage d’un homme qui ambitionnait de devenir comédien, vers un criminel rancunier à l’égard de la société.

La spectatrice, qui dit s’être renseignée sur le film avant de le regarder, ajoute que le personnage principal a subi beaucoup de pressions, notamment l’absence de son père, dont il n’a jamais connu l’identité, et qu’il a visiblement mal vécue. Dupé par une mère qui s’est avérée ne pas être la sienne et faisant constamment l’objet de moquerie à cause de sa maladie, il est donc évident que le protagoniste s’est vu « dérapé », explique-t-elle.

Entre portraits, partage de l’expérience cinématographique et critiques, il y a lieu de dire que les réactions des cinéphiles marocains vis-à-vis du « Joker » ont dépassé les salles de cinéma, s’étendant jusqu’aux journaux et réseaux sociaux. Faisant part de son avis, un spectateur a écrit que l’histoire du « Joker » est « plus qu’une affaire de relations personnelles entre les humains, dans la mesure où il représente une large catégorie sociale qui souffre du capitalisme sauvage et qu’il s’agit là d’un avertissement pour les puissants de ce monde qui continuent dans cette voie ».

« Je pense que cette idée a été claire tout au long du long-métrage et ce, même si l’aspect dramatique a été considérablement présent, et c’est là tout le génie du réalisateur », a-t-il relevé. D’ailleurs, le génie du réalisateur a été mis en avant par plusieurs spectateurs, qui ont beaucoup apprécié la réalisation, les images, la bande sonore, son ambiance générale, ainsi que l’interprétation de Joaquin Phoenix.

Dans ce sens, l’un d’eux est allé jusqu’à évoquer une citation du philosophe allemand Friedrich Nietzsche « Sans musique la vie serait une erreur », en faisant savoir qu’ »il en est de même pour le cinéma ».

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