KANIZAT IBRAHIM, PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION D’ORGANISATION DU FOOTBALL FÉMININ DE LA CAF, PARLE DU PRÉSENT ET DE L’AVENIR PROMETTEUR DU FOOTBALL FÉMININ AFRICAIN

HIBAPRESS-RABAT

Au début des années 90, le football féminin en Afrique n’en est qu’à ses balbutiements mais le sport le plus populaire sur le continent commence progressivement à intéresser les jeunes filles et certaines n’hésitent pas à braver les interdits sociaux pour pratiquer la discipline encore très « masculine ». Cette audace apportera un vent de fraîcheur qui changera à tout jamais l’histoire du football africain.

De 1998 qui marque l’année de la première édition de la Coupe d’Afrique des Nations Féminine TotalEnergies à ce jour, les choses ont bien changé.

A la veille du coup d’envoi de la 12e édition du grand évènement, la Présidente de la Commission d’Organisation du Football Féminin de la CAF, Kanizat Ibrahim, revient sur la stratégie de développement football féminin de la CAF. Elle présente les valeurs d’un sport ô combien populaire, de son rôle dans l’avancement de la femme africaine et des moyens mis en œuvre par la Confédération Africaine de Football pour que le football féminin atteigne les sommets.

C’est une interview signée CAFOnline.com

+La Coupe d’Afrique des Nations Féminine est désormais le sujet des discussions. Mais cet évènement est-il vraiment compétitif sur le marché mondial ?

-Définitivement et sans aucun doute. C’est l’équivalent de la CAN chez les hommes. Au tout début, la Coupe d’Afrique des Nations nous permettait essentiellement de découvrir des talents, des joueuses. Mais désormais nos joueuses sont des ambassadrices qui reviennent le temps d’une compétition majeure comme celle-ci, mettre en lumière leur pays, leur continent. Alors nous attendons de voir évoluer nos stars qui font aussi partie des meilleures dans le monde. Qui n’aimerait pas voir ce qu’Oshoala du Nigeria fera cette année ? La Sud-Africaine Thembi réussira-t-elle à conserver son titre de meilleure joueuse acquis lors de la dernière édition ? Que feront Ajara Njoya ou Gabrielle Onguene pour le Cameroun ? Chacune de nos équipes compte désormais des joueuses que l’on connaît ici et ailleurs.

+Avec toutes ces stars, le football féminin est-il au niveau escompté en termes de jeu ?

-Il y a des progrès à faire dans le football africain, pas seulement féminin. Cependant, les efforts consentis ces dernières années ont permis de hisser le football féminin à un très bon niveau, c’est rassurant. Un travail est fait dans les zones qui désormais offrent une pléthore d’événements de football féminin aux associations qui leur sont membres. Regarder le COSAFA et ses multiples événements retransmis à la télévision ou le CECAFA qui joue sans relâche depuis des années, l’UNAF et l’UFOA… Cette multiplication des matchs compétitifs aguerrit les joueuses et les équipes.
Regardez nos dernières sorties mondiales, elles se sont décidées sur des détails. On a senti que nos joueuses pouvaient rivaliser d’adresse, de talent, de technique, et même gagner.
Le but de la Camerounaise Ajara a fait le tour du monde. Il était l’un des plus beaux buts de la Coupe du Monde 2019 et cette année-là, il a été nominé au FIFA Puskas Awards. Alors oui, nos sélections ont le niveau, nous avons ce qu’il faut. Tout ce qui nous reste à consolider, c’est cette maturité mentale et psychologique qui nous permettra de ne pas surestimer nos adversaires.

+Parlons de cette édition de la CAN qui a démarré hier samedi. Quelles sont les innovations de cette édition ? En quoi sera-t-elle différente de la précédente ?

-Pour plusieurs raisons. Déjà pour son format, on passe de 8 à 12 équipes. Cela veut dire plus de stars, plus de matchs, plus de spectacle.

+Pour la première fois, la CAF va voir des commentatrices de renom sur place pour les matchs, c’est exceptionnel. Dans cette équipe de commentateurs TV, des légendes du football africain et des stars de la télé.

-Sur le plan de l’arbitrage ? Au départ, nous avions 226 femmes arbitres dans la liste pour cette compétition, mais pour des raisons évidentes il fallait en choisir quelques-unes. Et c’est après un processus rigoureux que nous avons sélectionnés nos arbitres et arbitres assistantes. Elles ont été soumises à un programme intensif et il se poursuit jusqu’au jour du coup d’envoi. C’est une opportunité pour chacune de ces femmes de se démarquer et de montrer de quoi elles sont capables sur la scène africaine et pourquoi pas demain mondiale.
Sur le plan technique, chaque équipe aura son terrain d’entraînement. Il faut dire que le Maroc n’a ménagé aucun effort pour que la compétition soit une réussite. C’est un très bel engagement du Royaume qui nous conforte dans l’idée de ce choix pour accueillir cette compétition.

+Le sponsoring est l’un des grands problèmes du football féminin. Comment comptez-vous contourner cette difficulté ?

-Il y a une véritable évolution dans la manière dont le football est désormais présenté. Vous pouvez constater qu’il est possible aujourd’hui d’avoir une véritable carrière dans le football féminin, de rêver grand, de changer sa vie, celle de sa famille et de s’offrir un futur nettement plus reluisant que par le passé. Tout cela parce qu’aujourd’hui, on parle de la professionnalisation du football féminin. Parler de professionnalisation renvoie à des conditions optimales de travail qui offrent des perspectives à des joueuses de football et à toutes les personnes qui travaillent dans ce secteur.
Certains partenaires ou sponsors ont le football féminin comme priorité. Et c’est là où nous avons gagné le premier défi. Nous sommes encore loin des standards que nous voulons pour cette Coupe d’Afrique des Nations. Mais il y a une grande avancée.
Pour ce qui est de la retransmission des matches, certains grands groupes internationaux habituels en ont déjà acquis les droits. Et même sur le continent, des pays non-engagés dans ce tournoi final vont diffuser les matches. C’est une belle avancée. La CAN Féminine est un produit marketing qui ne se limite pas qu’au seul continent africain.

+Pour conclure, que pouvons-nous souhaiter pour cette édition ?

-Nous souhaitons avant tout, une réussite à toutes les équipes présentes.
Nous souhaitons que cette CAN serve de catalyseur pour attirer le maximum de sponsors qui vont accompagner le football féminin africain dans les années à venir, et le rendre professionnel.Et pourquoi pas, pour rester toujours très ambitieuse, voir une équipe africaine décrocher la Coupe du Monde prochainement !

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